22.06.2008

QUAND LE BATEAU S'EN VA

Vaut mieux rire en ce matin pluvieux. Voici le souvenir d'une aventure qui remonte à quelques lunes et déjà parue sur le site www.riaq.ca

Le bateau de notre fille repose en cale sèche, c’est-à-dire dans notre garage depuis plus de deux ans. Il n’est pas seul. Juché au plafond sommeille aussi un catamaran, propriété de notre fils.

Depuis que nous sommes retraités, nous avons troqué notre fougueuse Mercedes, qui, soit dit en passant, ne répond plus à notre style de vie et caprices, pour une robuste Volvo Cross Country traction intégrale.

« Nous voilà en voiture! » Affirme mon mari le jour de l’acquisition. Fier de son choix, il fait même poser une attache au cas où nous en aurions besoin.

Depuis, c’est le ravissement total. L’hiver : skis, bâtons, chaussures, vêtements de rechange tout s’y loge. L’été : vélos, sacs de golf, frigo pour les breuvages, gréement de pêche, cette fois encore, vêtements de rechange. Rien ne manque.

Tout à l’heure, je vous disais que la voiture était munie d’une attache. Vous avez deviné la suite? Le bateau. C’était bel et bien pour haler un bateau. Lequel? Celui-là même qui est en cale sèche. Le bateau de fifille.

Enfin la Volvo allait donner son plein rendement. Haler un engin de 16 pieds, spécialement conçu pour faire du ski nautique. Moteur 135 forces, double coque pour prendre les vagues en toute sécurité, vitesse de croisière pouvant atteindre 50 km heure et plus...

La jouissance totale. Je vois encore mon mari entrain de ligoter le joujou sur la remorque. Dieu qu’il a l’air heureux mon matelot de jeunesse ayant parcouru les mers des cinq continents. Mon pêcheur du dimanche en chaloupe à rames sur des eaux tranquilles.

Les réservoirs sont pleins, les rames sont à bord, les gilets de sauvetage et les multiples gogosses, le gréement en terme marin. Nous répondons véritablement aux exigences des agents de la garde côtière. Rien ne manque ou si peu…

Si peu? L’habitude, l’entraînement, la répétition du geste. L’habitude de mettre un bateau à l’eau en deux temps. Il faut dire que nous ne sommes pas seuls à la marina et que les gens sont pressés.

Nous y voilà! L’endroit est magnifique! Tellement magnifique qu’une horde de petits vieux y vient quotidiennement. Assis sur leur chaise de toile Canadian Tire, une bouteille ravigotante à la main. Leur plaisir? Juger du savoir-faire des bateliers et ajouter des commentaires pas toujours flatteurs. Vous pouvez me croire. Juste à les voir, vous attrapez un complexe. S’ils étaient à votre place, eux, ils sauraient comment faire.

Larguer les amarres chante Vigneault. Ce n’est pas encore le cas. Mon capitaine de mari doit reculer et la Volvo et la remorque qui porte le bateau jusqu’à ce que les roues de cette dernière baignent dans l’eau. Plus que jamais, mes marins de baignoire sont aux aguets. Il faut les voir, le sourire en coin. « Y’é pas à l’eau! » commente l’un d’eux.

Vous savez comment ils nous appellent? Marins de fossé. Je les ai entendus.

Il y a des lunes que nous ne pratiquons pas ce genre d’activité…Il faut retrouver l’habilité. Un petit coup de roues à droite, pendant que la remorque va vers la gauche. Pour corriger, un petit coup de roues à gauche, et la remorque repart vers la droite. Et on recommence. Un quart d’heure plus tard, capitaine retrouve enfin ses talents de jadis et docilement notre bateau suit sa trajectoire et se retrouve le derrière à l’eau. En terme marin, la poupe à l’eau..

Je préfère la poupe, car il faudra éventuellement que la proue y soit aussi. Nous avons oublié que l’objet de plaisance est encore relié au treuil de la remorque. Pour bien faire, nous aurions dû donner du mou au cordage pour que le bateau quitte gentiment son transporteur et flotte de ses propres ailes. Cela aurait été si facile!

Pendant que mon pauvre homme manœuvre, je jette un regard vers la brochette mâle qui, elle, nous regarde du coin de l’œil. Ils ont l’air de bien s’amuser. Chacun y met son grain de sel. J’imagine qu’ils se croient au Casino entrain de gager combien on mettra de temps.

Mission accomplie dirait mon petit-fils en voyant la carène, c’est à dire l’ensemble de la coque finalement immergée.

Le pilote retourne stationner la voiture et la remorque pendant que je retiens par les cordages notre dauphin au quai. Je sens la présence des regards. Ils sont six ou huit autant de paires d'yeux moqueurs S’il fallait que le moteur ne démarre pas? Vous voyez d’ici le spectacle? J’ose une petite prière au saint patron des marins dont j’ignore encore le nom. C’est l’intention qui compte aurait dit ma mère.

Capitaine revient d’avoir garé le transporteur, monte à bord de l’embarcation, s’installe au volant, avant de donner ses ordres au mousse. Le mousse c’est moi.

Priorité : démarrer le135 forces. Mon Dieu faites que…j’entends un toussotement. Puis rien. J’implore encore une fois le saint-patron des marins que je ne connais toujours pas. Un deuxième toussotement. Puis dans un bruit d’enfer, l’engin se met en marche, gronde, fait du remous, laisse aller une petite fumée presque blanche. Ça marche! Merci mon Dieu et le saint demeuré inconnu.

C’est ici que ma fonction de mousse entre en jeu. Vite je détache les cordages retenus au quai, et je saute dans l’embarcation qui déjà veut prendre le large. Avant même de m’asseoir, d’une main de médaillée d’or, j’adresse un au revoir à mes spectateurs en fredonnant la chanson de circonstance: « Quand les bateaux s’en vont… ».

Rien à voir avec les canaux de Venise ou les écluses du Canal Lachine. Sur la Rivière des Prairies, on roule. Les Bombardiers, les Ceci, les Cela nous croisent à des vitesses vertigineuses. On se croirait sur l’autoroute 15. Nous n’avons pas trop de quatre yeux pour voir venir les bouées rouges ou vertes. Capitaine me parle de tribord et de bâbord. Moi qui ai de la difficulté à reconnaître ma gauche de ma droite ça promet.

Le calme revient. J’identifie les bouées. Nous découvrons un aspect de notre chez-nous jusqu’alors inconnu. C’est magnifique! Incroyable. À deux pas des mégas centres commerciaux, imaginez! Nous pouvons voguer sur des eaux calmes, l’expression est quand même un peu forte. Dire qu’à moins de quelques kilomètres de la maison, nous découvrons la vie aquatique, la faune, la flore, la nature en trois dimensions. Nous flottons d’aise et de joie imaginant une île déserte, un déjeuner sur l’herbe. Un petit fromage et une baguette avec ça?

Le temps coule. Pour éviter l’affluence des plaisanciers, il faudrait bien revenir sur terre. Regagner le rivage. C’est la sagesse qui parle. Avant de faire demi-tour, capitaine regarde au loin et projette notre prochaine randonnée. Les rapides du cheval blanc que nous traverserons entre les bouées le moteur à plein régime.

Le soleil dans le dos, nous revenons à notre marina. Home Sweet Home.

Pas si simple la rentrée au bercail. Il faut voir… Chaque fois que nous approchons assez près du quai pour accoster, le courant intervient et nous en éloigne. Et, chaque fois, nous repartons allègrement, faisant un tour sur nous même et tentant à nouveau l’épreuve.

Mes voyeurs sont là, assis en rang d’oignons. Plus nombreux qu’au départ. Je suis certaine qu’ils se sont passé le mot et attendent notre retour pour se payer une bonne dose de rire. C’est ajouté au nombre, un genre de pirate Maboule. Lui, il est tout près du quai pour mieux voir. Il nous observe avec un sourire moqueur. Front caché sous un Tilley couleur kaki, vêtu des genoux à la tête du même ton. Visage recouvert d’un five o’clock shadow. Passablement bronzé. Il nous attend. Il est même près à nous porter secours.

Si besoin il y a.

Enfin le courant a lâché prise. Le maître après Dieu a vaincu les éléments. Nous voilà, à quelques centimètres du quai. Pour la première fois, assez près pour m’y agripper d’une main ferme. Capitaine éteint le moteur et moussaillon saute hors du bateau, attrape les cordages et teste ses connaissances de matelotage. Enfin, tout semble sous contrôle. Pour l’instant. Les vieux ont raison : Notre adorable embarcation n’est pas sortie de l’eau…

Pirate Maboule s’approche pour nous féliciter : « Quand je vous ai vu tourner en rond, les cheveux droits sur la tête - en parlant de la tête de mon mari,- et la dame,- en parlant de moi,- jouer activement avec les cordages et les bouées, je me suis dit : Voilà des pros. Ils savent comment faire pour amarrer. »

Il ajoute en me regardant de son air toujours aussi moqueur: « Si j’avais de l’aide comme ça, moi aussi je ferais du bateau. »

Vaut mieux en rire. Je regarde Monsieur Sans-Gêne droit dans les yeux et je risque : « Il me semble que je vous connais. »

« Oui » dit-il . Le ton ne sème aucun doute.

C’est lui sans son accoutrement de ski, c’est lui aux randonnées pédestres, c’est lui aux randonnées de vélo. C’est lui, Conrad que j’ai eu du mal à reconnaître sous son chapeau enfoncé jusqu’au yeux.

L’amitié est à son comble. On se fait la bise, on rit aux éclats. On se fout des petits-vieux, tandis qu’eux n’ont rien perdu de la scène des retrouvailles. Désormais, ils attendent de pied ferme la sortie de l’eau.

Voilà la remorque suivie de la Volvo amorçant la descente de l’embarcadère qui me paraît passablement abrupte.. Le pire est à venir.

Dans son for intérieur, j’imagine que le marin au volant redoute le moment ultime, celui de remonter tout en douceur le bateau sur la remorque.

Plutôt que de démarrer le moteur de l’embarcation, - s’il fallait cette fois qu’il ne démarre pas - et de se mettre une fois de plus en orbite pour enfin rentrer à bon port, nous décidons: capitaine, mousse et pirate, d’y aller manuellement en le tirant par les cordages jusque sur la remorque. J’ai bien dit : Sur la remorque.

Il s’agit pour cela d’orienter la proue en direction du treuil. D’y incérer ensuite le crochet dans l’anneau du bateau et de bobiner le cordage..

Un bateau c’est construit pour flotter et, bien que noué à la remorque, le nôtre continu à flotter allègrement au-dessus de celle-ci. lâchement ancrée au fond de l’eau n’étant pas conçue pour flotter. Vous voyez ce que je veux dire?

Bien que retenue par la proue, la poupe du bateau s’en donne à cœur joie et passe de gauche à droite au-dessus de la remorque comme un balancier d’horloge sans jamais s’arrêter.

Mon matelot de mari et son assistant, dans l’eau jusqu’à la ceinture, ce qui n’était pas prévu, tentent en vain de mâter l’indomptable.

Une idée de génie leur vient à l’esprit : demander au mousse, le mousse c’est encore moi, de monter à bord, d’empoigner une rame, de l’enfoncer autant qu’il se peut pour que notre balancier cesse ces ébats tandis qu’ils le mobiliseront sur la remorque comme il se doit.

Dans ces moments cruciaux, obéissance exige. Il m’a faut grimper sur la coque, ramper, c’est toujours à plat ventre que l’on rampe, jusqu’à ce que je puisse plonger dans les entrailles de l’embarcation et passer à l’acte.

Ici, je vous arrête. Prenez un moment, fermez les yeux et imaginez ma brochette de «Mon oncles» assis dans leur Canadian Tire . Ils sont au Cirque, rien de moins et c’est gratuit.

« Rame, rame, rame » s’exclament en cœur les bateliers de la Volga, toujours en tentant de ramener la quille vis-à-vis son présentoir. Il leur vient une autre idée. La bonne cette fois. Retourner dans la Volvo, faire marche avant, juste ce qu’il faut de façon à ce que la remorque soit un peu moins dans l’eau. Faute d’eau, le poisson se résignera bien à monter à bord. L’opération fut un succès. Il fallait y penser!

« Vous n’aurez pas besoin d’aller à la Gym aujourd’hui » me lance audacieusement l’un de ceux qui suivit religieusement les ébats de la rameuse.

Plutôt que de m’offusquer, je rejoins ma brochette de septuagénaires, leur explique que nous sommes maintenant retraités, que nous avons soixante-quatorze ans, et décidés de faire outre du ski, du vélo, et de la randonnée pédestre; du-ba-teau.

Fini les moqueries, ils deviennent tout à coup fort sympas. Ils en profitent pour nous prodiguer quelques précieux conseils dans le but d’améliorer notre performance maritime. En terminant, Ils nous souhaitent longue vie, des heures de plaisir sans oublier de nous dire: À la prochaine.

Quant à Pirate Maboule, on s’est promis de partir à quatre, de franchir les rapides du Cheval Blanc pour aller jusqu’à la marina d’Oka et peut être plus loin.

Dieu que la vie est belle!

14.04.2008

MES 45 MINUTES DE SENSATIONS EXTRÊMES

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C’était aux premiers jours d’avril. (Chante si bien Alain Barrière) il y a quelques lunes de cela. Vous êtes invitée à participer au prochain spectacle aérien, présenté dans le ciel de Montréal et des environs par les célèbres et intrépides Snowbirds, membres des Forces canadiennes. Cette prestigieuse invitation vous vient de l’équipe des « Ailes de l’Espérance » formée de pilotes de brousses dont la mission est d’assurer un service de transport aérien missionnaire et humanitaire.

Vous regardez l’homme de votre vie qui vous envie déjà. Vous passez la nouvelle à vos héritiers qui ont peine à croire que cette chance inouïe arrive à leur mère. De votre côté, vous visualisez l’héroïne enfoncée dans l’aéronef, sachant ce qui vous attend pour avoir admiré (au sol) ces enivrants spectacles de voltige aérienne.

Avant même de connaître votre verdict, la tribu vous prévient d’une chose : « Si vous refusez, on ne vous le pardonnera jamais »

On vous a informé que les Snowbirds pilotent le Tutor (CT-114) de Canadair, un avion à réaction; que sa vitesse maximum est de 750 km/h : que l’équipe de démonstration de voltige est composée de neuf aéronefs et que les Snowbirds exécuteront plus de 50 manœuvres et formations différentes, au cours de leur fabuleux spectacle, qui durera 45 minutes dans les airs.
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Vous, l’humble oisillon, serez à bord de l’aéronef numéro 7. Aux commandes l’intrépide capitaine Howie Tarbet. Pour votre confort et votre sécurité, vous porterez un masque à oxygène et au dos, un parachute relié à votre siège éjectable.

« À cœur vaillant, rien d’impossible » ce leitmotiv, vous l’avez répété des centaines de fois pour l’avoir lu, un jour, sur la façade du Palais de Jacques Cœur. Tête haute, cœur battant et caméra en main, vous annoncez à la tribu que votre décision est prise. « À la guerre comme à la guerre » aurait dit votre père. Au diable la frousse direz-vous à votre tour.

L’homme de tous les instants tient à vous déposer aux abords de la piste, d’où s’envoleront dans un vrombissement du tonnerre, les neuf oiseaux du 431e escadron, y compris son oisillon. (l’oisillon, c’est bien vous)

Vos fils et votre gendre bien-aimés ne manquent pas l’occasion de vous rappeler : « n’oublie pas la manette! Si le pilote te dit : pull! N’hésite pas: Pull! Il s’agit de la manette qui active le siège éjectable. » Très prévenant et très rassurant, le conseil de vos espiègles, n’est-ce pas?

Il ne vous reste plus qu’à faire la bise à votre esseulé, souhaitant le revoir sur terre et non dans les cieux : confier votre agréable vie à celui qui la protège de là-haut et, votre précieuse petite personne au Capitaine Tarbet, votre ange gardien de l’heure.

Arrivé au bout de la piste de décollage, le projectile se lance en flèche dans le ciel et vous, la fière Sicambre, à cause de la force d’accélération, vous vous retrouvez menton contre poitrine, incapable de redresser la tête. Heureusement, elle relève quelques secondes plus tard, dans un ciel sans frontière et sans nuages et un soleil qui vous plombe dessus. Vous voilà (vous et votre pilote) et les huit autres snowbirds volant en formation, ailes contre ailes à une vitesse vertigineuse. Vous en avez plein la vue. Il vous reste à saisir au vol les images les plus mirobolantes.
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Quarante-cinq minutes de sensations extrêmes que vous vivez intensément. Elles demeureront, à jamais, gravées dans votre mémoire.

14.11.2007

CACHEZ CETTE BÊTE QUE JE NE SAURAIS ABATTRE

Qui pourrait croire qu’une fleur de macadam en vient à troquer ses talons aiguilles contre une paire de bottes de "presque sept lieux" si j’en crois la pointure?

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Grand-mère, petit-fils Guillaume et son copain Jean-Patrice

« J’ai promis à Guillaume d’aller à la chasse cet automne à condition que tu viennes avec nous »

L’homme de ma vie qui ne tuerait pas une mouche, qui protège les toiles d’araignées par respect pour le travail des insectes, sauvegarde le monde des fourmis, nourrit les oiseaux, (les écureuils aussi) Son invitation me déconcerte. Je n’en revient pas. Je suis estomaquée.

« Juste à penser à ces amours de chevreuils qui se baladent sur les parcours de golf l`été et dans les vergers à la saison des pommes, j’ai le cœur en chamaille. C’est trop me demander »

Après mûre réflexion (une heure tout au plus), je me résigne à les accompagner, c’est-à-dire à faire les neuf heures de route (700 kilomètres)qui nous séparent de la Gaspésie, dans la neige par surcroît ( ce que « miss météo » n’avait pas prévue) en me disant que j’abandonnerai mes deux chasseurs une fois arrivés à destination pour aller me réfugier à l’Auberge face à la mer, lire, marcher le long de la grève, visiter le village et les boutiques d’artisanats que j’adore.


Général-garde-à-vous, (c’est le surnom affectueux que je donne à mon petit-fils) et le grand-père sont ravis à l’idée que la grand-mère se plie à leur caprice. (pas pour longtemps, ils l’apprendront bien assez tôt)

De connivence, ils ont convenu du jour et de l’heure du départ : samedi à minuit. Pourquoi minuit? Parce que nous allions à l’Opéra pour entendre notre nièce chanter dans Roméo et Juliette
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Mon pays c’est l’hiver…
Nous roulons toute la nuit, dans la tempête (comme je disais) à cause de l’ouragan « Noël » qui traversait le Nouveau-Brunswick, et la Nouvelle-Écosse, éclaboussant la Gaspésie sur son passage.
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Avec plus de trois heures de retard, nous quittons la route pour un petit sentier qui nous mène à l’orée de la forêt où Patrice et Nathalie nous attendent les bras ouverts. Pour nous accueillir, Nathalie a préparé une entrée de foie de chevreuil. Celui qu’elle a chassé la veille.

Ici, repose les vestiges d’une planeuse datant du début du siècle passé.
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C’est la tradition. Nous faisons le tour du propriétaire. Patrice nous fait visiter ses arpents (pas encore de neige), mais de forêt à perte de vue. (Nous sommes dans la Baie des Chaleurs et la neige a épargné cette région).
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Un barrage qui retient les eaux du lac à la truite
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Maggie, la petite dernière, dans les bras de Patrice notre hôte en compagnie de Sultan l'inséparable aide de camp.

Guillaume retrouve Jean-Patrice (GPI) son copain de toujours. Dans une heure, ils s’enfonceront à des kilomètres dans la forêt pour atteindre la cache où ils feront le guet, jusqu’à la tombée du jour, espérant voir poindre la bête convoitée. Soit dit en passant, il aura fallu dix ans de chasse interdite pour protéger la croissance du cheptel gaspésien. Ce n’est que depuis trois ans que celle-ci est permise chez les mâles seulement.

Plutôt que d’aller à l’Auberge comme prévu, je colle au décor. L’odeur de la terre mouillée, le clapotis du ruisseau qui serpente le terrain, le chant des oiseaux me dépaysent et m’apprivoisent. Je redécouvre un monde que j’avais oublié. Un monde en harmonie avec la nature, un monde qui dépend d’elle, qui lui fait confiance, un monde admirateur et respectueux de la plus infime parcelle de vie.
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Le centrifuge De Laval me rappelle mon enfance et le souvenir de mon grand-père, représentant de la compagnie du même nom.

Je me réconcilie. Demain je n’irai pas au village. J’irai dans la forêt avec Nathalie, carabine à l’épaule, accompagnée de son chien Sultan une énorme bête (73 kilos) qui se prend pour un chihuahua et se laisse caresser. J’enfoncerai les pieds dans la boue, J’apprendrai à reconnaître les pistes d’animaux, je les suivrai. Je serai tout oreilles pour saisir le moindre craquement de feuilles. Je regarderai à travers les yeux de ma compagne qui perçoit le moindre indice d’une présence.

Me voici prise au jeu, me surprenant souhaiter profondément que Guillaume ne revienne pas les mains vides.

Demain j’irai à la cache là où les chasseurs se dissimulent et attendent l’instant… Ils s’y rendent avant l’aurore, à l’heure où les bêtes s’abreuvent à la rivière et se nourrissent de pommes sauvages.
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La cache, palais du chasseur.

Grand-père qui n’avait pas l’intention de manier l’arme laisse au petit-fils (ingénieur en aéronautique et militaire par surcroît) la volonté de poser le geste. Il accepta cependant de partager la cache souhaitant sans doute vivre à son côté un moment d’intense émotion.

16 h 30 un coup de feu résonne dans la forêt. Le projectile a atteint sa cible. C’est l’euphorie! Comme le veut la tradition, au retour de la cache, Guillaume, Jean-Patrice et Nathalie sablent le champagne en présence de Mario, l'artiste.
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« Grand-papa j'ai mon chevreuil et tu étais avec moi, nous étions ensemble, c’est ce que je souhaitais le plus. Merci!

Un aveu qui va droit au cœur du grand-père et n’a pas de prix.
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Je ne suis pas allée au village, je n’ai pas ouvert un livre, mais plus tard, j’ai marché longuement sur la grève pendant que le soleil se couchait à l’horizon.
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La forêt, la mer, la nature avaient eu raison de moi me faisant accepter le but de notre voyage, celui de répéter ce geste tribal qui remonte à la nuit des temps.

19.08.2007

UNE PÊCHE PRESQUE MIRACULEUSE

Coucou! De retour au bercail. J’ai la tête remplie d’éclats de rire et de cris de joie et dans le frigo trente-cinq kilos de poissons filetés et surgelés comme il se doit.

Je vous avais promis des photos? Les voici :

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Mon vieux loup de mer en compagnie de quatre des huit moussaillons. Tanya, Nancy, Rachel et Guillaume. Les quatre autres pêchent sur un deuxième bateau sans compter le capitaine et le second maître (le ou la mate) dans notre cas c’était LA…medium_IMG_1381.JPG

Rira bien qui rira le dernier. Lequel des deux bateaux reviendra avec le plus de poissons?
C’est à suivre…

Voici l’équipe du deuxième bateau. Monsieur gendre, madame fille adorée et trois des quatre moussaillons. Anthony, Caro et Sinead. L’aîné des petits-fils, Éric se charge de prendre les photos qui passeront à la postérité j’en suis convaincue.

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Guillaume pêche le premier poisson de la journée : un Wahoo. Surtout, ne me demandez pas le poids. Je peux cependant vous dire que son nom est originaire des îles Hawaii, Oahu. Les indigènes le nomment Ono. Cela veut dire « Bon ». Le Wahoo a une chair exquise. Il s’accommode aussi bien cru que cuit.
Si vous regardez bien le wahoo et non la mate, vous verrez qu’il ressemble à une pointe d’acier trempé avec sa couleur et ses rayures bleutées. On le dit rapide et puissant. Il atteint une vitesse de 50 km/h. medium_DSCN0302.JPG


Au tour de Rachel à mouliner avec ardeur et ténacité. Elle capture un deuxième Wahoo. Ça promet!medium_DSCN0304.JPG

Il fallait bien s’y attendre, grand-mère n’était pas pour se laisser damer le pion par ses petits-enfants. Encore moins de donner sa place. Je sors un King Mackerel , en français : un thazard . Il faut voir sa dentition. Ouff!
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C’est au tour de Nancy et sa fabuleuse prise : un greater amberjack : un sériole pour les amateurs de poissons exotiques. Guillaume et mon marin d’eau douce rêvent déjà de sushis et de filets sur le grill. Notre jolie mate ne fait pas que tenir les trophées. Il faut la voir à l’œuvre.
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L’heure est au mahi mahi, nom hawaiien que l’on donne à la coriphène. En anglais dolphinfish. Rien à voir avec les sympathiques dauphins qui nous escortent par bancs. On dirait qu’ils veulent se faire caresser le dos tellement ils sont proches de notre bateau.
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Un coup d’œil vers notre incomparable capitaine; l’homme qui voit dans la mer. Il est constamment aux aguets pour repérer tantôt un banc de poissons tantôt un espadon audacieux qui voudrait mordre à l’hameçon.
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En attendant de proclamer son bateau vainqueur, Sinead joue la mermaid medium_IMG_1372.JPG
Ça mord! Vite à vos lignes. Cette photo ne vous rappelle-t-elle pas la très belle chanson intitulée : « Le ciel se marie avec la mer » ou quelque chose du genre?
Les coquins, ils seront les meilleurs pêcheurs avec leurs soixante mahi mahi tandis que nous en avons trente.
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Non non grand-maman pas de poisson ce soir!
Pour clôturer cette journée mémorable, nous amènerons nos huit amours au resto de la Marina. À voir le ketchup sur la table, on devine le reste. Le poisson n’est pas au menu.

02.06.2007

Tante Joséphine et ses pique-niques à l'Anse-à-Gilles

Quand elle téléphonait de Montréal pour annoncer sa visite, tante Joséphine soulevait un vent de panique dans la famille. D’abord, en ordonnant à ma mère de rejoindre la parenté du Bas-du-Fleuve (comme elle se plaisait à dire en parlant des gens entre Montmagny et la Gaspésie) afin de mettre tout les préparatifs en branle pour notre pique-nique annuel à l’Anse-à-Gilles. Un joli coin de villégiature situé sur la Rive-Sud du Saint-Laurent, à quelques kilomètres en aval de Montmagny.

Tante Joséphine était la sœur de mon grand-père Alfred. Jeune encore, elle avait quitté sa paroisse, Saint-Thomas de Montmagny, pour émigrer à Montréal et gagner sa vie dans la couture. Elle travaillait chez Savile Row, maison spécialisée dans la confection de complets haut de gamme. Tous le savaient, déformation professionnelle ou fierté personnelle? Mystère. Rien ne lui échappait, et ce, au grand désarroi des mâles de la famille. D’un regard, la couturière expérimentée ne pouvait résister à la tentation d’évaluer la qualité d’un vêtement : l’étoffe, la coupe, la confection; les revers et les boutonnières. Boutonnières surtout. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu un oncle retirer son veston plutôt que de l’exposer à l’œil redoutable de Joséphine.

L’experte qui se vantait de travailler pour un bourgeois exceptionnel (en parlant de son patron, qui n’avait rien du Juif errant) se spécialisait dans la confection des boutonnières françaises et des revers piqués main. Chez Savile Row, le « Hugo Boss » de l’époque, ils avaient compris que pour se démarquer, il fallait convaincre le client qu’en s’affichant dans un complet griffé « Savile Row » il allait se distinguer du commun des mortels.

Sa spécialité, sa compétence et le fait d’avoir quitté son patelin pour faire carrière dans la métropole procuraient à l’aventurière, un sentiment de supériorité qui frisait l’arrogance.

Indéniablement, grâce à cette migration vers la grande ville, la demoiselle avait acquis une aisance peu ordinaire. À l’occasion, pour se distinguer, notre Montréalaise d’adoption laissait échapper tout bonnement quelques phrases dans la langue de Shakespeare. Ou mieux, elle cessait tout grasseyement pour rouler ses « R » à la façon des gens de la grande métropole.

Elle n’hésitait pas non plus, aux premiers signes du printemps de nous rappeler que les montréalais étaient déjà en souliers tandis qu’à Québec nous barbotions encore dans la neige fondante. Défiant le froid et le vent, elle portait bibi à fleurs avant que ma mère ait remisé son feutre. Bref, tante Joséphine, toujours tirée à quatre épingles, faisait sentir à tous et chacun que grâce à sa débrouillardise, si jamais elle revenait habiter la vieille Capitale, ce serait chez les gens de la haute (pour ne pas dire les gens riches) qu’elle irait frayer.

Haute comme trois pommes et bien en chair, l’illustre dame escamotait son embonpoint dans un « Spencer », fabriqué sur mesure chez « Dominion Corset », une entreprise florissante qui avait pignon sur rue dans un quartier de la basse-ville de Québec

Abondamment baleiné et lacé tout au long de la colonne vertébrale, l’indispensable corset était généralement taillé dans une sorte de brocart délicatement fleuri ton sur ton et conçu pour résister à toute épreuve. Année après année, Joséphine commandait l’objet de torture chez Rose, sa nièce par alliance, corsetière diplômée et représentante de la compagnie.

« Joséphine a mis son armure » disait malicieusement mon père, en parlant de cet abominable sous-vêtement qui donnait aux femmes de taille forte, une allure de pigeon.

Quand l’une des nombreuses baleines (minces lames d’acier trempé) parvenait à glisser hors de la couture qui la retenait en place, pour s’enfoncer sauvagement dans un misérable bourrelet, l’incident provoquait immanquablement une douleur aiguë qui donnait à la victime, l’impression qu’on lui perforait les entrailles. « Il fallait bien souffrir un peu pour dissimuler les excès de table », soupirait la gourmande.

Pour revenir au coup de fil montréalais, une fois la parenté de Montmagny au garde à vous, il s’agissait de réserver les trois ou quatre « chalets » habituels qui allaient loger les vacanciers et devenir les témoins complices d’une journée inoubliable.

L’endroit était spectaculaire. À marée basse, la grève pavée de galets et jonchée d’épaves, invitait les vacanciers à se tremper les pieds dans des eaux glaciales laissant les chevilles rougies et engourdies tellement le froid était vif.

Si la chance était de notre côté, nous allions voir passer un paquebot, un transatlantique et, inévitablement, quelques goélettes ou des barges chargées de bois. Cet imprenable spectacle nous faisait rêver de départs et de pays lointains. Plus de chance encore, nous pouvions admirer une majestueuse Empress souvent pilotée, depuis Pointe-au-Père jusqu'à Québec par un cousin de maman.

C’était la belle époque. C’était avant la guerre 39-45. En les regardant glisser sur les eaux calme de notre Saint-Laurent, qui aurait cru qu’un jour, pas très lointain, ces imposantes cathédrales maritimes deviendraient les cibles de l’ennemi.

Revenons à des moments plus joyeux : aux pique-niques de tante Joséphine, à l’Anse-à-Gilles. Ce rendez-vous annuel au pays d’origine de mes ancêtres maternels avait le don de resserrer les liens familiaux déjà passablement tricotés serrés.

Tante Joséphine, l’enjouée, la bien nantie, apportait sa bonne humeur et son jeu de cartes. Quant à notre hôte par excellence, tante Rita, épouse du frère de mon grand-père, elle était immanquablement escortée de ses quatre célibataires de filles : Rose, Fleurette, Jeannette et Laure et ce, à la grande joie des oncles qui ne risquaient pas de s’ennuyer, à moins d’être aveugles, ce qui n’était pas le cas.

Notre pique-nique avait lieu, à la mi-août. Le mois par excellence pour faire bonne chère. Au menu, il y avait toujours le traditionnel bouilli canadien à base de lard salé entrelardé, ce qui lui donnait « un goût d’amande », disait notre cuisinière.

Dans l’immense marmite, (alimentée par trois ou quatre « Sterno » sorte de réchaud à l’alcool, nous n’étions pas encore à l’époque des barbecues) outre le lard salé, mijotaient différentes pièces de bœuf et de volaille, un gros chou, des carottes, du navet, de beaux oignons, rouges de préférence, des pommes de terre nouvelles et de petites palettes de fèves jaunes, ficelées en groupes de dix ou douze.

La coutume voulait que les adultes (j’ai bien dit les adultes) versent un filet de vinaigre sur le chou. J’adorais les observer quand il décantait le vinaigrier, laissant déverser juste ce qu’il fallait pour rehausser la saveur de la crucifère et lui donner un goût de revenez-y. Nous n’avions pas le droit d’en faire autant, nous, les enfants, de crainte d’en verser trop et de « ruiner » notre assiettée. Je conserve précieusement, dans une armoire, le joli vinaigrier de porcelaine nacrée de mon enfance.

Il y avait aussi la platée de pommes de terre servies en robe des champs, le maïs sur épis que l’on salait abondamment une fois enrobé de beurre.

Il ne fallait pas oublier les betteraves tendres et sucrées, servies fumantes, et le savoureux pain de ménage, cuit sur la sole, bien doré, chaud et odorant.

Une autre tradition culinaire de la famille : l’immense plat de faïence rempli de laitue frisée, fraîchement cueillie du matin, accompagnée de crème épaisse, et assaisonnée de sel de mer et de poivre frais moulu. Ce pur délice québécois était la spécialité de la cousine Rose, fille aînée de tante Rita. Nous l’appelions Ti-Rose pour la différencier de tante Rose, la corsetière diplômée.

Fraises et crème fraîche, tarte au sucre, crème brûlée, pouding chômeur, autant de desserts au menu. Pour couronner ce repas gargantuesque, notre cuisinière de souche nous offrait son irrésistible tranche de pain de ménage, nappée de crème « épaisse à couper au couteau » abondamment recouverte de sucre du pays tout frais râpé.

Mon père était fabricant de moutarde. Ses produits portaient l’étiquette : « Golden Flow Mustard Mills » (la marque de fabrique dans la langue des affaires – l’anglais -- était de mise au Québec dans les années 30-40) Il se faisait une joie de distribuer ses délicieux petits pots de moutardes aux fines herbes et autres variétés en plus de ses célèbres cornichons dans la moutarde, un pur délice que nous savourions accompagnés d’un croûton de pain tartiné de beurre de fabrique.

C’était aussi l’occasion de déguster son vin de cerises à grappes maison, dont les cousines raffolaient. Chaque année, dans le courant de l’été, nous allions aux cerises sauvages dans les Hauteurs de Montmagny. De retour, mon père préparait sa cuvée magique qu’il faisait fermenter dans une magnifique cruche en verre de Saint-Gobain, reposant dans un panier de jonc.

À mesure que la journée avançait, que le vin baissait et que le ton montait, on s’étonnait de constater que, d’année en année, cet élixir était de plus en plus exquis. « Un autre p’tit verre » pour en admirer la robe couleur rubis, pour vanter la qualité de la récolte et, bien sûr, féliciter mon père, lui attribuant le mérite de cette délectation annuelle.

Lorsque la tribu eut bien mangé, bien bu et bien ri, c’était déjà la brunante (le déclin du jour) tante Joséphine dont les chairs n’en pouvaient plus d’être compactées, d’un geste audacieux, toujours le même, se levait allègrement et déclarait à tout venant : « Excusez-moi, je vais, de ce pas, retirer mon violon » À l’époque, on appelait difficilement les choses intimes par leur nom. C’était le sort du corset.

L’exemple aidant, les cousines allaient en faire autant. À l’exception de maman qui avait conservé sa taille, toutes portaient cet accoutrement indispensable dont les vertus, prétendait-on, étaient de soutenir les « organes » (le ventre pour dire autrement).

Une fois les filles libérées de leur douloureuse étreinte et des traditionnelles corvées ménagères, les heures qui allaient suivre seraient consacrées aux cartes.

Tante Joséphine donnait ordre de préparer les tables de jeu. Cela supposait qu’aux quatre coins de chacune, il y aurait : sucre à la crème, tire à la mélasse (spécialité de maman) bonbons divinité de cousine Jeannette et les succulentes guimauves maison de la cousine Laure. Mes douceurs favorites.

Notre Majordome menait le bal. Sur-le-champ, sans même crier garde! Elle s’appropriait mon père, lui ordonnant d’être son partenaire. Au moins, s’il arrivait à la joueuse de tricher, étant à l’avantage des deux, elle pouvait compter sur la discrétion de papa. C’était une gagnante dans l’âme. Les façons d’y arriver étaient autre chose. « Une autre paire de manches », disait-elle.

On brassait les cartes, les distribuait. Puis la partie débutait. Un silence religieux régnait aux tables, mais pas pour longtemps.

« Charlemagne! » lançait soudain la diva en déposant sa mise sur la table, attrapant la première « sucrette » à portée de doigts. Il faut savoir que c’était bel et bien au Charlemagne que la tribu jouait. Surtout, ne me demandez pas les règles de ce jeu. Je les ignore.

Combien de fois ai-je entendu ce cri perçant, sorti tout droit de la plus grosse poitrine de toutes les cousines. Tante Joséphine était incomparable. Je vous l’ai déjà dit, je le répète, tante Joséphine était une gagnante de nature.

Soixante ans plus tard, les petits chalets de l’Anse-à-Gilles sont toujours là, campés sur la batture. Peints noir sur blanc comme à l’époque. Il faut faire exprès pour passer devant, maintenant que l’autoroute 20 nous amène tout droit en Gaspésie et que nous pouvons filer à 120km/heure. Disons 110 au cas où un agent de sécurité me lirait.

De ceux et celles qui ont fait les belles heures de ces retrouvailles inoubliables et inestimables, il n’en est plus pour nous livrer le secret de la « tire éponge », pour nous indiquer où trouver la crème fraîche qui se coupe au couteau ou pour brasser les cartes sans « reluquer » la couleur de celle du dessous. Avec le départ de tante Joséphine, notre rassembleuse familiale, de tante Rita, de sa tendre moitié et des cousines nous ayant quittés l’une après l’autre, nous faisons deuil de nos pique-niques annuels à l’Anse-à-Gilles.

Heureusement : se souvenir, c’est vivre…

30.10.2006

un petit clin d'oeil de Taiwan

Moi qui ai la phobie des ascenseurs, je gravirai en 39 secondes les 89 etages qui me meneront au sommet du gratte-ciel le plus haut au monde Tapei 101. Je vous promets des photos. A bientot les amis et les moussaillons .

15.10.2006

VOGUE LA GALÈRE



Posséder un bateau, c’est naviguer dans un autre monde. Un monde qui n’a pas les pieds sur terre. Un monde qui flotte, tantôt sur les eaux, tantôt sur les nuages.

Pour célébrer la presque fin des vacances, convaincus que nous avions fait nos classes maritimes avec succès, - on se souviendra de l’épopée «Quand le bateau s’en va » - Capitaine et moi, le Mousse émérite, avons décidé de pousser l’aventure à son max.

C’est là où j’ai découvert le monde des bateaux en le regardant vivre… J’y reviendrai un jour.

Mais d’abord, il faut que je vous dise.

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Ayant passablement maîtrisé le Sidewinder de seize pieds (4,9 mètres) de madame Fille et de monsieur Gendre, pourquoi ne pas nous aventurer et mener à bon port une péniche de quarante-six pieds linéaires (14 mètres), avons- nous pensé.

« À cœur vaillant, rien d’impossible » pouvons-nous lire dans la pierre au palais du célèbre Jacques Cœur de notre histoire de France. C’était sa devise, j’ai cru opportun de la faire mienne.

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Avant de poursuivre mon récit, il vaudrait mieux que vous connaissiez le but de cette croisière de rêve. Partir à la découverte des célèbres Îles-du-Saint-Laurent, appelées les Mille-Îles égrenées de Brockville à Kingston, Ontario.

On n’a qu’à penser à l’histoire merveilleuse et tragique entourant le Boldt Castle érigé dans la baie d’Alexandria sur Heart Island, une île en forme de cœur.

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De quoi faire rêver et pleurer toutes les princesses sur terre.

Un projet du genre vaut bien la présence d’un équipage sélect soit celle de six de nos petits-enfants. Quelle chance! Ils acceptent avec enthousiasme de vivre avec les grands-parents sept jours et sept nuits de rêve. Par ordre chronologique :

Fiona la fion fion, six ans,

William, dix ans, le photographe hors pair, vous verrez….

Les treize ans : Anthony le dévoué,

le comique et Sinead, la débrouillarde, la soprano.

Suivent les quinze ans : Tanya l’artiste, la vedette et

Rachel l’écrivaine, la forte de l’évangile.

Pour réaliser notre rêve, il y a Pippen II, patronyme de notre monstre marin qui dort paisiblement au quai n’exigeant rien de plus pour prendre le large que sept cents litres d’essence et quelques manœuvres agiles de la part du Capitaine, toujours le même, l’homme de ma vie.

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En moins de temps qu’il faille pour crier holà! l’équipage monte à bord, inspecte l’embarcation de la poupe à la proue, choisit sa couchette, case son butin, accepte le rôle qui lui est assigné par Maître après Dieu et, nous voilà prêts pour l’aventure. Six têtes à peu près blondes, six personnalités, six caractères auront à mettre en commun leurs préférences culinaires, leur rythme de vie, leurs talents.

« Évitez les marinas, vous êtes un peu gros » prévient le patron au moment de remettre le navire entre les mains de mon valeureux Capitaine qui a reçu soixante petites minutes de formation intensive.

L’heureux élu peut désormais aller en paix. La navigation n’a plus de secrets pour lui. Il sait maintenant faire marche avant, contourner les bouées, faire marche arrière, volte-face au besoin et, surtout, amarrer sans risquer d’esquinter les fragiles débarcadères ou encore la coque d’une coûteuse embarcation.

La joie est au comble. Les eaux sont limpides, les couchers de soleil à couper le souffle, les clairs de lune à faire rêver Debussy, les îles de la taille d’une coque de noix, font tourner la tête des princesses, tandis que les gars se meurent d’y jouer les Robinson Crusoé.

Notre Pippen II, pour sa part, se complaît à louvoyer entre les îles, mouillant sur demande pour permettre aux six pirates émerveillés de fouiller de fond en comble les minuscules refuges fauniques. C’est le bonheur total.

J’oubliais de vous dire.

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Nous étions huit au départ de la croisière. Nous, les ancêtres, quatre princesses et deux moussaillons. Ce sont ajoutés au cinquième jour, madame Fille, monsieur Gendre et leur « Sidewinder » Durant les jours qui suivent, à la roue du cent trente-cinq forces, monsieur Gendre s’en donne à cœur joie au grand ravissement des matelots en puissance ayant droit à de fougueuses randonnées maritimes.

Nous sommes samedi. Un samedi inoubliable. Le temps est superbe. Croiser un paquebot n’effraie plus Capitaine. Nous déchiffrons les cartes maritimes mieux que la voyante lisant dans les lignes de la main. L’enthousiasme aidant, le mot est lancé : Kingston! « Si nous allions dîner à Kingston au resto indien en souvenir du passage du général Garde-À-Vous au Royal Military College » Général Garde-À-Vous, c’est le surnom affectueux que je donne en cachette à mon petit-fils Guillaume.

Voilà un périple qui séduit l’équipage
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Sitôt dit, sitôt fait, Pippen II et Sidewinder lèvent l’ancre. Le lièvre et la tortue se donnent rendez-vous à la marina de Kingston.

D’une vague à l’autre, d’une bouée à l’autre, d’un phare à l’autre, Pippen II vogue allègrement vers son destin. Je n’ai pas dit vers sa destination. Vous comprendrez pourquoi…

Au moment où pointent à l’horizon les bâtiments de la base militaire, ce qui aura exigé de notre galère deux bonnes heures de navigation, notre Seize Pieds ouvre les moteurs à fond de train, rejoint la marina, se laisse accoster comme un charme, puis attend les lambins pour les accueillir à bras ouverts.
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À la roue de Pippen II, Capitaine au long cours est heureux comme un armateur grec. À ses côtés, son Mousse, toujours la même, un œil sur les bouées, l’autre scrutant l’horizon et tout ce qui flotte à perte de vue. Vous seriez étonnés de voir…

Soit dit en passant, j’ai maîtrisé le vocabulaire marin. Dès lors, c’est avec désinvolture que je lance au besoin : à bâbord ou à tribord, même si j’ai encore du mal à différencier ma gauche de ma droite. En retrait, madame Fille révèle ses talents de navigatrice chevronnée surveillant d’un œil de lynx les manœuvres du paternel.

En parlant des manœuvres du Capitaine, le septième jour, Fiston, père de Rachel et Anthony se joint à nous. Fiston est l’As du catamaran. Rien à son épreuve. Imaginez qu’il a faillit mourir de peur quand son modèle de père chassa tous les oiseaux en train de se dorer au soleil. On aurait cru que Pippen II n’avait pas vu, à bâbord, le phare refuge où ils étaient perchés. Il y avait même un énorme nid au sommet. Moussaillon avait pourtant averti Capitaine à trois reprises de s’éloigner de l’obstacle.

Remarquez que nous ne sommes pas à une émotion près. Au fait, voici une anecdote chargée d’émotions. En cours de route (maritime pour être plus précise), Capitaine prend soudainement panique.« J’ai l’impression que je ne peux plus contrôler le navire. J’ai beau tourner, tourner, tourner, pour aller vers la gauche, rien à faire » Déboussolé, le pauvre homme en vient même à ignorer les termes marins et recourir à sa gauche et à sa droite pour décrire ce qu’il vit. Dans les circonstances, je préfère oublier ses écarts de langage.

Comme par hasard, s’amène la bordée, morte de rire, confessant être montée sur le pont supérieur où se trouve la deuxième roue de navigation. Vous devinez le reste. L’équipage s’est emparé des commandes de Pippen II, ignorant l’impact du geste sur les nerfs de l’Aïeul déjà en train d’envisager un naufrage.

Soulagé de savoir que notre Baleine n’ira pas échouer sur un récif, l’Ancêtre reprend son souffle et remercie le ciel de sa clémence.

Pour revenir à notre destination, l’équipage du Sidewinder, formé de monsieur Gendre et des deux mousses, devance notre arrivée de plus de trente minutes. Nos trois plaisanciers sont déjà au garde-à-vous sur le quai de l’impressionnante marina, les yeux fixés sur l’horizon, prêts à nous accueillir à bras ouverts.

Me croirez-vous? Réussir à amarrer dans une honorable marina notre vagabond de House boat, appellation ontarienne, cela équivaut à pénétrer dans une cathédrale sur la pointe des pieds, avancer jusqu’à la balustrade sous le regard glacé des vénérés saints figés dans le plâtre pour l’éternité, en s’abstenant de profaner le silence qui y règne.

C’est bien ce que je ressens à l’instant où Pippen II, à force d’innombrables et périlleuses tentatives, réussit finalement à se faufiler dans le corridor étroit protégé par un coupe-lame, puis tout en se laissant ballotter par le vent et le courant, atteindre le havre d’accotement. À l’intérieur de cette extravagante marina, nous attend une horde d’intimidants palais flottants.

Pippen II a beau se faire petit, aux yeux de tous, il a l’allure d’un terrifiant requin.

Pas besoin de dire que notre arrivée soudaine dans ce sanctuaire béni des dieux ne passe pas inaperçue. Loin de là, elle provoque même quelques scènes rocambolesques.

En parlant de l’accueil, j’ai spécifié les bras ouverts n’est-ce pas? Les bras ouverts pas pour longtemps. Je vous le jure. À compter du moment où notre royaume flottant franchit le fameux corridor, pour aboutir dans la marina et se rapprocher un peu plus du quai, monsieur Gendre n’a plus assez de ses deux bras pour attraper les amarres que lui lancent, à tour de rôle, les princesses affolées. Pendant ce temps, notre Délinquant n’en fait qu’à sa tête.

L’heure est grave! On ne rit plus!

Pour mon bourlingueur de mari, plus question de faire marche arrière. De toute façon, nous n’avons plus la latitude nécessaire à un revirement. N’écoutant que ses vieux instincts de marin, « À la guerre comme à la guerre » lance t-il à tout venant.

« Évitez les marinas » Trop tard maintenant. De toute façon, plus les minutes s’écoulent, plus Pippen II tangue au gré des flots, plus il a de matelots autour, et plus ils sont nombreux à donner des ordres au Capitaine en détresse.

Please go back! Back up! D’autres crient d’avancer, d’autres de tourner à droite, à gauche. Don’t dock here! No room for your boat! Get your rear end out of the way from the other boats! Ils sont maintenant une armée entière à vouloir diriger les manœuvres et retenir les câblages.

« Y a t-il quelqu’un qui parle français? » s’exclame en désespoir de cause l’un des commandants croyant que mon irlandais de mari ne comprend pas les consignes transmises dans la langue de Shakespeare.

Mon vieux loup de mer qui ne sait plus où donner la tête se souvient tout à coup que le capitaine est Maître après Dieu. N’en doutant pas, il décide de ne plus entendre le chœur des bateliers, mais d’aller de l’avant et d’aborder le quai de plein front.

Le choc quai-bateau, est in-sou-te-na-ble.

« Il n’ira pas plus loin » proclame Maître après Dieu qui retrouve du coup ses esprits et un teint moins violacé, au grand soulagement du Mousse qui a craint un instant pour la santé de l’homme de sa vie.

Grand-maman, allons-nous couler comme le Titanic? Ose demander Fiona, la six ans.

Une chose est certaine, face contre quai, la proue ne bougera plus. Pour les quarante quelques pieds de flanc, c’est moins certain. Rappelons-nous, il y a le courant, il y a le vent.

Je vous jure, même abouti, on a l’impression d’être traqué de tous côtés.

À bâbord, c’est la coque pointue et menaçante d’un yacht digne de Onassis, le museau collé dans la fenêtre de notre cuisinette.

Grimpée sur le pont, une sirène blonde, comme elles le sont toutes d’ailleurs, une sorte de Maria Callas s’évertue à lancer des notes aiguës et des « move, go away. »

À tribord, une rangée de voiliers aux airs provocants pointent leur proue vers le flanc de notre colosse. On craint le pire ; eux aussi. Autant de sopranos hystériques juchées sur les ponts s’époumonent à tout rompre. Elles semblent convaincues que leurs clameurs éloigneront le minable House boat.

Abandonnant les Castafiore à leur opéra, le Old Boys Network se met en branle pour offrir son aide et éviter le pire. Il s’agit de bander les cordages bord à bâbord. Quatre à six amarres maîtrisées par autant de marins de fortune pour éviter que le bord à tribord aille frôler les huit ou dix trésors des mers.

Chevauchant d’une coque à l’autre, gaffe en main (la gaffe pour ceux et celles qui l’ignorent, c’est une perche munie d’un croc à une extrémité utilisée pour accrocher, attirer ou repousser) Dans notre cas, il s’agit de repousser. C’est ainsi que mes marins d’eau douce parviennent à tenir le bâtiment en laisse pour éviter de coûteux dommages à l’investissement de leur vie.

Pendant ces interminables minutes, monsieur Gendre retient de toutes ses forces, et ça se voit, le plus long des cordages servant à immobiliser l’arrière du bateau.

C’est justement le même cordage qui permettra à notre péniche de glisser honorablement hors de l’entrave, faire marche arrière, manuellement comme le souhaite Capitaine, c'est-à-dire à bout de bras et de cordages.

Madame Fille, habituée aux finances, compte en multiple de vingt mille ce que nous coûterait une fausse manœuvre. Du coup, plus ardemment que jamais, elle brandit une gaffe qui empêche le mastodonte de frôler la proue du plus extravagant des joyaux maritimes.

La marina de Kingston vit ses heures d’attraction puisqu’ils sont de plus en plus nombreux, attroupés le long du quai, ces marins du dimanche, enfoncés non plus dans leur chaise Canadian Tire comme mes petits vieux de la rivière des Prairies, mais dans des fauteuils rembourrés Coleman. Richesse oblige.

Soulagé des affres qu’il a vécues, notre château flottant reprend la voie maritime. Il n’est pas au bout de ses peines. Voilà que le vent se lève, 35 km/heure. Il n’y a pas trop des douze mains de la bordée pour retenir, attraper, rattraper tout ce qui bouge dans les entrailles tandis que Pippen II lutte opiniâtrement contre les déferlantes d’un fleuve en furie.
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Au bout de trois interminables heures, Pippen II et Sidewinder mettent le cap sur Mermaid. Une petite île qui présente une particularité géologique connue sous le nom de roche moutonnée.

N’empêche que nous aurons vécu sept jours et sept nuits de rêve, soleil levant au soleil couchant. Tout en sillonnant un parcours magnifique allant de Brockville à Kingston sans oublier Heart Island pour l’amour des princesses.

Sept merveilleux jours en compagnie de six de nos petits-enfants. Heureux et enjoués, ils ont composé une chanson de circonstance, rédigé leur journal de bord, dessiné des phares, des fleurs et des oiseaux, photographié des moments précieux, exploré la nature dans toute sa splendeur et nagé comme des poissons dans les eaux vives.

Quelle merveilleuse chance d’être des grands-parents.

Grâce à William, notre photographe inégalé, nous pourrons revivre à jamais la scène inoubliable de notre passage dans la marina de Kingston..

Notre Pippen II au repos et le fameux Sidewinder qui s’en donne à cœur joie

14.10.2006

PARTONS LA MER EST BELLE...

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« Cette année, pourquoi pas une excursion de pêche accompagnée de six de vos héritiers, (Les petits-enfants)? » .

L`Homme de votre vie plonge son regard dans le vôtre et n’en croit pas ses oreilles, malgré qu’il sache que vous aimez la pêche, que vous avez une patience angélique et que vous pouvez passer des heures, en silence, espérant que le plus modeste des poissons daigne morde à votre hameçon.

Par contre, même avec des gants, vous n’avez jamais réussi à toucher un ver, si minuscule soit-il. Et puis, vous aimez votre petit confort, genre Palace dans le bois. Votre Moitié le sait par expérience d’où sa stupéfaction.

Il faut dire que cette ferveur pour la pêche vous vient de votre beau-père. C’était à l’époque des clubs de pêche privés. On s’y rendait sur les ailes d’un Beaver. Les Lacs regorgeaient de truites saumonées. Il y avait le chef cuisinier qui concoctait jour après jours des plats sublimes. Il y avait les guides. Le vôtre était un bel indien, n’en déplaise, aussi muet qu’une carpe et le regard perçant. Il avait l’art d’enseigner le lancer léger comme pas un et de vous amener dans ses repaires, les fosses, en langage de pêcheur. Vous avez même déjà gagné le « trophée du meilleur pêcheur » (le masculin l’emporte sur le féminin) pour avoir attrapé la plus majestueuse truite de la journée.medium_dscn0751.2.jpg

Fière de votre idée de génie, vous chantonnez déjà Partons la mer est belle. Un mâle digne de ce nom ne résiste pas à une offre du genre. Il se voit dans la chaloupe, occupé à transmettre à ses descendants ses connaissances de pêcheur, relatant ses plus belles prises, ses plus beaux exploits.

La cheftaine que vous avez été et qui sommeille en vous s’éveille. Comme au temps jadis, elle prend les choses en main et règle tout : réservations, transports, invitations par courriel aux heureux élus de ce voyage de rêve. Pourquoi pas une petite invocation du côté de Saint-Pierre, patron des pêcheurs pour que la pêche soit bonne…

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À suivre…

03.10.2006

Et vogue le navire

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Posséder un bateau, c’est naviguer dans un autre monde. Un monde qui n’a pas les pieds sur terre. Un monde qui flotte, tantôt sur les eaux, tantôt sur les nuages.

Pour célébrer la presque fin des vacances, convaincus que nous avions fait nos classes maritimes avec succès, - on se souviendra de l’épopée «Quand le bateau s’en va » - Capitaine et moi, le Mousse émérite, avons décidé de pousser l’aventure à son max.
C’est là où j’ai découvert le monde des bateaux en le regardant vivre… J’y reviendrai un jour.

Mais d’abord, il faut que je vous dise.

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